Ile du Fleuve rouge – charme bucolique au fil de l’eau

Mis à jour le: 23/04/2021 | Publié le: 23/04/2021
ile du fleuve rouge

L’ile du fleuve rouge, cela vous dit quelque chose? Je m’en doute. Allez chercher sur Google, je vous parie qu’il y a très peu de sources qui abordent ce sujet. C’est une facette totalement ignorée par les touristes. La plupart des gens passent quelques jours dans la capitale pour enchaȋner des monuments ou déambuler dans le Vieux Quartier. C’est logique, car avec un budget limité, il faut faire un choix et on est obligé d’aller à l’essentiel. Si vous avez plus de trois jours, je vous recommande vivement de découvrir l’ile du fleuve rouge parce que ça fait partie des traits culturels de la ville.


Une longue histoire de l’ile du fleuve rouge

Hanoi en vietnamien signifie « la ville en deçà du fleuve ». Depuis plus de mille ans, Hanoi vit au rythme des inondations orchestrées par le Fleuve Rouge grâce auquel les habitants peuvent pratiquer la riziculture. Naturellement sur les berges du Fleuve Rouge se développe un réseau de villages qui servaient à la fois du grenier à riz, de la fourniture matérielle pour la monarchie et des lignes défensives.  Au temps féodal, ile du fleuve rouge se déroulait autour du trafic de bateaux sur le fleuve que se soit pour les propos militaires ou commerciaux.

ile du fleuve rouge

Au milieu du fleuve, la formation géologique a donné naissance à une bande de terre fertile, surnommée l’ile du Fleuve rouge. Son emplacement stratégique a convaincu les rois de mettre en place un village fortifié dans le but de surveiller le passage. Dans ce sens, il y a une similitude par rapport à l’ȋle de la Cité à Paris. Mais cette bande de terre n’a pas eu la même chance que l’ȋle de la Cité.

Les rois vietnamiens n’ont pas choisi cet endroit pour installer leur résidence permanente du fait des caractérisques instables causées par les inondations. Du coup, ils se repliaient à terre ferme pour construire la citadelle royale puis un système de digues pour se protéger de la montée des eaux.

Abandon progressif en faveur de l’urbanisme moderne

Sous la monarchie vietnamienne, le village fortifié sur l’ile du Fleuve rouge bénéficiait des avantages économiques considérables. Sa position centrale explique pourquoi tous les bateaux devaient passer par sa douane maritime. Néanmoins, la colonisation française a mis fin à l’essor de l’ȋlot. Au début du 20e siècle, le centre-ville d’Hanoi a subi une vaste campagne de rénovation urbaine à la haussmannienne. On a abandonné l’ȋlot du Fleuve Rouge.

ile du fleuve rouge

Plus tard, l’inondation historique en 1971 a entraȋné l’évacuation massive des habitants de l’ȋlot vers Hanoi intra-muros et tout le village fut détruit par les eaux. Depuis cette année-là, l’ile du Fleuve Rouge a perdu son statut en tant que territoire d’habitation permanente. Néanmoins, l’ile du fleuve rouge continue à subsister grâce à l’agriculture.

Une des caractéristiques innées du Nord Vietnam est la forte consommation de légumes lors des repas. C’est ainsi que l’agriculture urbaine joue le rôle primordial dans l’approvisionnement de légumes pour 7 millions d’Hanoïens. Grâce au Fleuve Rouge alluvionnaire, le sol est extrêmement fertile et propice à la culture vivrière. Aujourd’hui on compte environ 78 foyers dont plus de moitiés sont les agriculteurs originaires des provinces limitrophes.       

La dimension fluviale de la capitale

À peine engagé sur le pont Long Bien, on pénètre tout de suite dans un autre monde. Depuis le pont, un paysage paisible apparaît devant nous. On aperçoit de loin des péniches transportant du sable, des barques de marchandise et des sampans d’habitation. Et juste en bas, c’est l’ȋle du Fleuve Rouge parsemé de cabanes en toit de chaume et des plantations de légumes. J’ai déjà croisé des touristes s’aventurer sur ce pont, mais ils viennent juste pour prendre de belles photos. Rares sont les touristes qui osent descendre du pont et partir à la rencontre des habitants sur place. C’est bien dommage!

ile du fleuve rouge

Découvrir l’ȋle du Fleuve Rouge, c’est s’immerger complètement dans la campagne urbaine à deux pas du Vieux Quartier.  Il faut savoir que la moitié des habitants sur l’ȋlot ne sont pas les résidents permanents. Ce sont les provinciaux qui sont venus s’installer à Hanoi au début des années 1990. Issus tous du monde agricole, le but de leur immigration n’est pas de chercher du travail dans le centre-ville, mais de cultiver des arbres fruitiers et des légumes.

La totalité de la terre sur l’ȋlot est réservée aux plantations de maïs, de bananiers, de potager, etc. Ces gens viennent travailler sur dans la journée et rentrent chez eux au soir. Lors de la récolte, ils se lèvent à l’aube pour ramasser les produits puis les vendre dans les marchés au centre-ville.  

Pour faciliter le déplacement entre les parcelles agricoles, un réseau de sentiers en terre battue ou en béton a été mis en place. Donc, ces voies terrestres sont très propices à une balade à vélo ou à pied. Il faut traverser les champs pour bien sentir ce havre de paix en plein coeur de la capitale effervescente et étouffante.

Un visage moins glamour de l’ile du fleuve rouge

Derrière le charme bucolique, l’ile du Fleuve rouge dévoile un autre visage moins glamour de la société : celui d’un bidonville oublié en plein coeur de l’agitation urbaine. Il faut dire qu’un bon nombre des habitants de l’ȋlot (environ 26 foyers) ne sont pas les agriculteurs aisés. Ce sont les sans-papiers regroupés dans un hameau. Cela veut dire qu’ils n’ont pas d’accès au soin, à la scolarité, au marché de travail et à la citoyenneté. Comment cela se fait que ces gens vivent sous les conditions si précaires alors que le système communiste se veut être une protection sociale pour tous?  Et non, le système a aussi ses failles et la présence d’un bidonville en plein coeur de la capitale est une preuve flagrante.

Naguère les gens ont donné à ce village un surnom « le hameau des quatre zéros » : zéro électricité, zéro eau potable, zéro maison en dur, zéro acte de propriété. Considérés comme les exclus de la société, ces gens vivent dans les cabanes délabrées au fil de l’eau. Les matériaux viennent des décharges publiques et on se débrouille pour monter un toit. Du fait du cycle des inondations, toutes les cabanes sont flottantes grâce aux bidons qui servent de bouées. 

Depuis 2014, la situation s’est améliorée un peu. Grâce à l’aide de quelques associations humanitaires, une partie des foyers peuvent avoir une maison permanente, de l’électricité provenant des panneaux solaires et de l’eau potable issue des pompes électriques. Mais les gens du coin ont encore un futur sombre. Alors chers voyageurs, si vous avez une chance de venir ici, partez à la rencontre de ces gens et faites un geste de solidarité en leur apportant un sac de riz, des moustiquaires ou de la fourniture scolaire pour les enfants. C’est vraiment une grande aide pour eux.

En février 2021, la communauté fut durement frappée par la pandémie. Grâce à la générosité de l’agence Eric&The Trip, nous avons mis en place une action solidaire. Celle-ci vise à offrir des colis alimentaires afin d’avoir une fête de Nouvel An décente. Notre équipe a emballé soigneusement des cartons à destination de 25 familles.

Le meilleur moment pour découvrir cet endroit est certainement au coucher du soleil. Depuis le pont Long Bien, on voit clairement un contraste entre l’ȋlot campagnard et les gratte-ciel qui se dessinent à l’horizon et au milieu de tout ça, c’est le Fleuve Rouge tranquille. Puis les Hanoïens commencent à faire du sport le long du pont, les vendeuses ambulantes mettent en place leurs étals de maïs et de fruits cultivés sur l’ȋlot tout proche. Ce sont vraiment des scènes authentiques qui s’offrent à ceux qui prennent le temps de saisir l’âme hanoïenne.

Van Thai

L’AUTEUR Van Thai

Ayant grandi dans une famille de diplomates, j’ai passé mon enfance expatriée à travers plusieurs pays asiatiques. En quête de sens, mes voyages personnels sont toujours remplis de rencontres humaines, d'immersion culturelle et de découvertes authentiques. Avec mon entreprise familiale, je livre un combat acharné contre le tourisme de masse.

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