Pollution plastique : un autre combat du voyage

Mis à jour le: 14/08/2022 | Publié le: 22/05/2022
pollution plastique vietnam

La pollution plastique devient un fléau du tourisme vietnamien. Pourtant, le sujet est moins médiatisé que la compensation carbone. Il est temps de s’attaquer au problème dans la gestion opérationnelle de nos circuits. Zoom sur l’impact négatif des déchets à usage unique dans la consommation touristique


La pollution plastique au Vietnam

Depuis l’ouverture économique en 1994, le plastique à usage unique est enraciné dans les mœurs des Vietnamiens. Ses qualités pragmatiques facilitent la vie des habitants. Hélas! Le pays n’a pas d’infrastructures pour gérer la surproduction. Voici les chiffres.

  • Chaque année, le pays jette 1,8 million de tonnes de déchets plastiques
  • Chaque foyer vietnamien consomme 1kg de sacs plastiques par mois

En plus de sa propre consommation, le Vietnam doit absorber une partie des déchets « offerts » par les pays occidentaux. En 2019, les États-Unis ont envoyé 83.0000 tonnes de plastique au Vietnam. En d’autres mots, 300.000 foyers américains se débarrassent de leurs détritus au détriment des habitants du Sud. Pire encore, les déchets exportés sont comptabilisés comme recyclés. Ce scandale a été dénoncé par McCormick dans son article « where does your plastic go ? », paru dans The Guardian.

En banlieue hanoïenne, le hameau Minh Khai est un village créé exprès pour traiter des déchets d’origine étrangère. On y retrouve des ordures en langue arabe et française. © Bennett Murray/The Guardian

Cette double peine dévoile l’hypocrisie des pays occidentaux, considérés comme donneurs de leçon. Pendant des années, la Chine était leur poubelle du monde. Quand l’Empire du Milieu interdit l’importation des déchets d’origine étrangère, l’Occident s’empresse à chercher d’autres poubelles. Le Vietnam en fait partie, à cause de son faible coût de recyclage.

En fait, le pays ne recycle guère les déchets. Ils sont simplement brûlés et enterrés, ce qui crée la pollution plastique. Les conséquences de ce processus sauvage sont multiples :

  • Paysage touristique moins sexy à cause des déchets flottants
  • Émission de Co2
  • Augmentation des problèmes de santé : cancer, stérilité, maladies respiratoires

Conséquences sur le tourisme du Vietnam

À l’échelle mondiale, le Vietnam est le 4e « producteur » de pollution plastique. Un triste record, donc ! Le pays possède le long littoral, parsemé de communautés vivant des ressources de la mer. À cause du flux des ordures vers des estuaires, plusieurs régions côtières sont contaminées. Les villages de pêcheurs sont les plus vulnérables. 

Peut-on quantifier la pollution plastique dans ce tourisme de masse? Oui, voici les chiffres du ministère des Ressources et de l’Environnement, 2021

  • Un touriste (avec nuitée) produit 1,2kg de déchets par jour dont 60% sont du plastique.
  • Un visiteur (sans nuitée) génère 0,5kg de déchet par jour

En plus du flux international, le Vietnam constate l’émergence phénoménale du tourisme local. Peu sensibles à l’environnement, les vacanciers vietnamiens « participent » activement à la pollution plastique au détriment de leur propre pays. Toute la pression se met sur le littoral, car les Vietnamiens ont l’habitude de passer de courtes vacances à la plage.

La dégradation de l’écosystème marin fait partie des coûts invisibles qui ne sont jamais comptabilisés dans la projection de croissance touristique. Les autorités s’intéressent plutôt au volume de touristes et à la modernisation paysagiste.

La conséquence directe de la pollution plastique est la dégradation de l’image des destinations touristiques. De nos jours, il est facile de repérer du plastique flottant dans plusieurs endroits : Baie d’Halong, Nha Trang, Hoi An, Phu Quoc.  Les touristes occidentaux ne se rendent pas compte qu’une partie des déchets vient de leurs concitoyens, ou peut-être d’eux-mêmes.

Limite des solutions existantes

Les solutions ne visent pas à faire changer les habitudes des consommateurs. Elles sont conçues pour créer un nouveau marché lucratif.

Au même titre que la compensation carbone, l’Occident prône des solutions fastfood pour encourager l’économie capitaliste. Des industriels proposent cette solution miracle sans forcément dévoiler ses effets pervers. D’abord, les produits biodégradables sont automatiquement polluants à cause du processus de leur fabrication. Dès lors que l’on met en marche une usine et mobilise la machinerie, on pollue.

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Deuxième point : les effets pervers du biodégradable qui pousse des gens à générer davantage de pollution.  Le plastique ordinaire met 400 ans pour disparaître complètement. Un plastique alternatif, quelle que soit sa composition biochimique, reste un déchet.  Dans notre société de consommation à outrance, les produits de substitution restent du jetable. Dans un pays comme le Vietnam, le jetable s’accumule en pleine nature. Tant que le jetable est dans les mœurs, toute technologie de recyclage ne pourra jamais réduire à néant la pollution plastique. L’exemple du village Kamikatsu au Japon est un cas d’école pour illustrer notre propos. 

Éclairage sur l’inefficacité du recyclage

En Occident, on prône souvent la suprématie du tri de déchets. Néanmoins, la phase de recyclage n’est jamais efficace.  

Le rapport « plastiques : le coût pour la société, l’environnement et l’économie » du WWF confirme que gérer la pollution plastique coûte 10 fois plus cher que sa production. Une partie minime est recyclée. Le reste finit toujours dans l’océan. La faune marine est la victime finale. Voici la réalité cruelle:

Bien que ce soient des études internationales, les constats sont valables pour le Vietnam. Ces animaux absorbent accidentellement des morceaux de plastique, ce qui cause des problèmes intestinaux. 

Malgré le désastre écologique, l’industrie du plastique utilise le marketing huilé pour perpétuer les vertues recyclables de ce matériau. Les campagnes de pub nous rappellent de l’industie du tabac qui fait croire que les cigarettes filtrées apportent plus de bien-être que celles non filtrées.

Tout est fait pour permettre au plastique, si toxique, de s’incruster dans les mœurs des gens. De nos jours, c’est tellement difficile de l’enlever dans notre quotidien  

Comprendre la hiérarchie des déchets

Vous aurez compris, le recyclage et les produits biodégradables ne sont que le dernier recours dans l’ordre de priorité. Ces solutions « fastfood» génèrent peu de valeur économique au profit de la population. Nous sommes en train de faire des choses à l’envers. La clé de la lutte contre la pollution plastique passe par la réduction en amont.

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Clairement, pour s’attaquer aux sources de la pollution plastique, il faut encourager le changement d’habitude des touristes. Comment réduire le plastique à usage unique? L’agence réceptive a un rôle à jouer dans le travail de sensibilisation.

Réduire la pollution plastique : ça commence dans le voyage

Ce que TTB Travel prône, c’est un changement de comportement. Pour nous, le meilleur déchet, c’est celui qui n’existe pas. À ce stade, il faut distinguer le profil des « auteurs » des déchets. Nous avons des Vietnamiens et des touristes. Soyons réalistes, le changement d’habitude chez les locaux ne sera pas tout de suite pour deux raisons :

  • Les législateurs vietnamiens prennent du temps à changer leur mentalité. Le Vietnam n’aura pas de lois interdisant les bouteilles plastiques comme l’Italie
  • Il nous semble pathétique de demander aux Vietnamiens de revenir à la vie des années 1950 avec la facilité des années 2020. N’oublions pas une chose : le plastique est perçu comme progrès dans beaucoup d’endroits.

C’est le changement d’habitude chez les touristes étrangers que nous visons en premier. À l’échelle d’un voyage, nous adoptons la méthode MERCI :

  • M comme Mesurer. En moyenne, un touriste consomme 3 bouteilles d’eau (plastique) de 330ml par jour. Pour un circuit de 14 jours sur place, il génère 42 bouteilles.
  • E comme Éviter. Comment peut-on éviter les bouteilles vendues par Pepsi et Cocacola? Une gourde peut faire l’affaire. Ensuite, il faut un système de ravitaillement, permettant de remplir de l’eau avec sa gourde.
  • R comme Réduire. Pourquoi pas fournir des sacs réutilisables pour limiter les déchets personnels ?  
  • C comme Contribuer. Soutenir les initiatives locales qui luttent contre la pollution plastique. Nous adorons le projet The Plastic Flamingo qui œuvre dans la conversion des déchets plastiques en brique de construction.  
  • I comme Impliquer. À tout moment dans le voyage, on peut participer aux opérations de ramassage de déchet. Muni des gants lavables, pourquoi pas faire du kayak à Hoi An pour collecter des déchets flottants.  

Pour mesurer l’impact du plastique à usage unique, nous utilisons un outil efficace de l’ONU. C’est le fruit du travail du projet Save The Med

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Sensibilisation des maillons de la chaîne : lutte collective contre la pollution plastique.

L’État doit réguler via un système de loi qui sanctionne sévèrement des pollueurs. Hélas! Il faut patienter longtemps. En attendant, il faut agir autrement.

Le défi de la lutte contre la pollution plastique reste dans la structure de l’industrie caractérisée par l’intermédiation. En tant qu’agence réceptive, TTB Travel ne peut pas réduire les déchets à la place de ses fournisseurs.

Si on analyse la chaîne de valeur de l’industrie, l’hôtellerie et la restauration les deux maillons les plus polluants. Selon l’OMT, voici la répartition des déchets plastiques en hôtellerie :

  • Accessoires dans la salle de bain : 31%
  • Bouteilles plastiques : 32%
  • Sacs plastiques : 15%
  • Boîte à lunch : 9%
  • Films d’emballage : 4%
  • Ustensiles et couverts : 3%

À l’exception d’une poignée d’hôtels de luxe, la plupart des hébergements et restaurants vietnamiens fonctionnent avec le plastique. Par défaut, on met encore les bouteilles plastiques dans la chambre. On peut l’expliquer par le fait que les managers vietnamiens ont du mal à assimiler des connaissances, faute de moyens.

En ce qui concerne le transport aérien, le progrès est timide. Cette filière est tristement connue pour ses boîtes de repas dont le plastique à usage unique est répandu. Les compagnies Vietnam Airlines, Bamboo Airways, Vietjet Air ne sont pas les bons exemples.

Via la chaîne de valeurs, nous sommes en mesure de déterminer les fournisseurs disposés à travailler avec nous sur le concret. Il est clair que notre cible touche largement des PME indépendantes dont on connaît personnellement les dirigeants. Grâce à l’affinité d’affaires et l’agilité des structures, la sensibilisation sera plus fructueuse. À présent, seulement 3% des fournisseurs de TTB TRAVEL manifestent la volonté de changer.

En tant qu’agence réceptive, nous visons une meilleure éducation des fournisseurs pour réduire notre pollution. Pour se former, on utilise le portail One Planet Network

Conclusion

La pollution plastique est comme une forêt incendiée. Le fléau est trop grand pour une entreprise quelconque d’éradiquer seul. Toutefois, TTB Travel croit à la fable des colibris. Nous faisons notre part. Une goûte d’eau de l’océan, certes. Mais cet état d’esprit, celui de toute une jeune génération à l’image de Melati qui œuvre activement pour bannir le plastique de son île Bali, fait bouger des choses. Son projet Bye Bye Plastic Bags nécessite notre soutien.

Cet article est une sous-catégorie de notre manifeste du tourisme durable. Il s’agit d’un document de synthèse qui guide toutes nos actions managériales vers un tourisme plus positif.

Van Thai

L’AUTEUR Van Thai

Ayant grandi dans une famille de diplomates, j’ai passé mon enfance expatriée à travers plusieurs pays asiatiques. En quête de sens, mes voyages personnels sont toujours remplis de rencontres humaines, d'immersion culturelle et de découvertes authentiques. Avec mon entreprise familiale, je livre un combat acharné contre le tourisme de masse.

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