Écoconception des voyages : comment réduire l’empreinte carbone

Mis à jour le: 27/02/2022 | Publié le: 17/02/2022
mobilité douce

L’écoconception des voyages vise à réduire l’empreinte carbone des circuits. Face à la pollution du tourisme, il existe deux voies possibles : le greenwashing ou une démarche de progrès sincère et pragmatique. TTB Travel choisit la deuxième option, en proposant un coffre à outils dans le design de ses voyages. Pour aller au bout du raisonnement, il faut repenser entièrement la chaîne de valeur. Cet article a pour but de poser une bonne base et aller dans le bon sens.


Pourquoi l’écoconception des voyages aide à réduire la pollution

La fréquence des catastrophes naturelles prouve qu’il est temps de changer de trajectoire pour empêcher la hausse de température. Dans la vision de TTB Travel, la solution de compensation n’est pas pérenne, compte tenu de l’ambition économique des États. Le graphique ci-bas montre clairement que la neutralité carbone est une illusion.

écoconception des voyages

Au Vietnam, le réchauffement climatique se fait sentir de façon explicite dans les régions côtières. La montée des eaux entraîne l’érosion du sol qui attaque tout le littoral. En outre, le Delta du Mékong est en train de faire face à l’invasion des eaux salées. Tous ces phénomènes sont nuisibles à l’agriculture. En tant qu’entreprise citoyenne, nous sentons la nécessité de « faire notre part ».

Par défaut, le tourisme pollue à cause des prestations énergivores. En tant que producteur de voyage, c’est à nous de réfléchir sur comment réduire au maximum l’empreinte carbone. Dans cette optique, l’écoconception des voyages est un impératif.

 Mesurer l’empreinte carbone : un défi technique

En novembre 2021, la Déclaration de Glasgow sur le changement climatique en tourisme fut lancée. Il est évident que c’est un gros événement politique, digne de Green Washing. L’objectif de « Net Zero Carbon » d’ici 2050 nous semble fantaisiste. On peut lister quelques obstacles:  

  • Homogénéité des méthodes scientifiques
  • Fiabilité des données
  • Ressources et compétences des opérateurs de voyage
  • Intangibilité des services touristiques

Mesurer l’impact écologique d’un voyage est une tâche complexe. En effet, un circuit de voyage est un service composite qui comprend plusieurs prestations disparates. Le producteur de voyage n’est qu’un intermédiaire qui assemble toutes les composantes dont il n’est pas propriétaire. Les agences réceptives comme TTB Travel n’ont pas du tout d’accès aux données exactes de leurs fournisseurs pour évaluer l’empreinte carbone globale d’un circuit.

Source : Intrepid Travel

Si on se fie au schéma ci-haut, le fabricant de voyage n’a aucun contrôle sur la plupart des prestations. En outre, le concept des « scope 1,2,3» est plutôt élaboré par des Occidentaux pour résoudre les problèmes de leurs pays respectifs. Les normes imposées ne sont pas adaptées aux pays en voie de développement. Par conséquent, un voyage au Vietnam reçoit automatiquement une empreinte carbone catastrophique.

La méthode de collecte de données pose un autre problème pour les petites structures comme la nôtre. Selon les recommandations des scientifiques, il faut vraiment contacter tous les fournisseurs primaires, un par un, pour collecter des renseignements. Sauf si on est un mordu écolo, personne ne dispose de ressources pour faire cette tâche chronophage et ingrate.

Repenser la méthode de calcul dans l’écoconception des voyages

À notre connaissance, aucune méthode n’est entièrement adaptée au métier de voyagiste. Prenons l’exemple de l’outil Carmacal, développé par une firme hollandaise. Conçu pour vendre aux Tour Opérateurs, l’outil prend en considération seulement une partie des prestations. En effet, à part l’hébergement, le transport et les activités, la méthode oublie le poids des achats souvenirs et des repas.

Il s’avère que les créateurs de logiciel ne sont pas issus de l’industrie touristique. C’est pourquoi ils ne comprennent pas les spécificités techniques du métier de montage de voyage. Pour nous, l’évaluation de l’empreinte carbone devrait tenir compte de 5 piliers fondamentaux :

  • Transport
  • Hébergement
  • Alimentation / restauration
  • Loisirs / activités touristiques
  • Shopping / achat de souvenirs

En fonction du type de circuit, la répartition de l’empreinte carbone varie. Il est évident que le rôle du transport aérien n’est pas le même entre le Canada et le Vietnam.

Les méthodes de calcul incitent souvent les consommateurs de compenser leur émission Co2. En outre, on frappe tout droit le mur infranchissable des rapports scientifiques qui sont indigestes pour le commun des mortels. Les experts écologiques ne facilitent pas tâche, en créant des scope 1,2,3 pour encourager l’économie de la compensation carbone et le business des certifications.

Dans plein de pays en développement, les acteurs locaux n’ont pas de moyens pour entamer cette approche élitiste, voire éliminatoire. Croyez-vous qu’un hébergeur vietnamien à la campagne sera prêt à financer un audit d’expert? Se payer une labellisation est l’affaire des classes aisées comme Accor, Club Med, Ponant ou TUI. Notre ambition consiste à simplifier la démarche scientifique pour livrer une méthode « open source» accessible à tous.

Transport

Nous n’avons pas de contrôle sur l’efficacité énergétique des moyens de transport. Toutefois, nous pouvons paramétrer la distance parcourue ou choisir le mode le moins polluant.

Un circuit classique au Vietnam dure 12 jours et génère deux vols domestiques. À cause du temps serré sur place, les voyagistes industriels sont obligés de prendre l’avion. Pour nous, ce n’est pas une excuse légitime, si c’est uniquement pour vendre un prix cassé.

Pour parcourir le Vietnam du Nord au Sud, on peut remplacer un vol intérieur par un train de nuit. Dans certains cas, on peut sillonner la longueur du pays en train uniquement. La seule condition est le temps. Il faut passer au moins 15 jours sur place, si on veut adopter des transports moins polluants. En tout cas, le fait de remplacer un trajet en avion par le train permet de diminuer considérablement l’empreinte carbone.

Pour voir la différence entre deux modes de transport, nous utilisons le calculateur conçu par l’ADEME. La réduction est énorme!

écoconception des voyages

En général, TTB Travel encourage toujours ses clients de se concentrer sur quelques régions. Le Nord Vietnam est souvent proposé pour un premier voyage. Cette initiative permet d’éviter les deux vols domestiques.

Une autre manière de minimiser l’empreinte carbone consiste à réduire la dépendance de la voiture privatisée. Pour ce faire, nous nous appuyons sur deux leviers :

  • Éviter de visiter des sites à faible valeur qui nécessitent des transferts inutiles en voiture
  • Augmenter le temps passé sur chaque étape pour favoriser la découverte à courte distance : vélo, rando, mobylette

Hébergement

Dans cette partie, l’écoconception des voyages consiste à sensibiliser des hébergeurs à réduire leur empreinte carbone. Pour ce faire, il faut détecter des pistes de pollution qui nécessitent une attention particulière.

L’équipe s’est retroussé les manches en fouillant des recherches scientifiques, labels, …Le niveau « intello » des rapports ne donne pas envie d’aller plus loin. À cause de la complexité du processus, TTB Travel décide de ne pas quantifier l’empreinte carbone des nuitées. À la place, nous menons plutôt une analyse plus sommaire des établissements. Nous justifions notre choix par deux facteurs :

  • Les critères que nous avions piochés dans les méthodes européennes sont souvent inadaptés à la culture vietnamienne
  • Écart entre le niveau d’audit avancé et le manque de volonté des acteurs locaux. C’est comme si on proposait des maths niveau universitaire à des enfants de 6 ans.

À l’instar de la Chine, l’économie vietnamienne pollue énormément. Donc, si on se calque mécaniquement sur la norme occidentale, l’hôtelier vietnamien est par défaut un pollueur sans vergogne.

La liste interminable des critères d’évaluation n’est pas une bonne solution pour aider un hébergeur vietnamien qui débute. Ainsi, nous ne retenons que des facteurs les plus appropriés dans le contexte du pays. N’oublions pas, les critères d’évaluation devraient être dans l’optique de sensibilisation, et pas une leçon de morale pénalisante.

écoconception des voyages

TTB Travel se sert de la grille ci-haut pour calculer le score global d’un établissement. Les critères en gris sont ceux que nous avons éliminés exprès. On se limite au strict minimum des critères pour faciliter l’écoconception des voyages. N’oublions pas que ce score concerne uniquement la dimension environnementale. Il y a encore Rice Score (dimension économique) et Authentic Index (dimension culturelle) ! C’est déjà beaucoup de boulot pour nous dans la gestion de l’ensemble des fournisseurs.

Restauration

L’ADEME nous apprend que la viande génère plus de Co2 que les légumes. Nous avons la chance d’avoir une culture culinaire saine, basée sur un bon équilibre de légumes. Le défi reste comment chiffrer le poids de l’alimentation dans un circuit.

Dans la phase de l’écoconception des voyages, il est impossible de quantifier l’empreinte carbone des restaurateurs. Nous ne pouvons pas vérifier leur processus de cuisine ou chercher des preuves concrètes de leur pollution. Ensuite, les outils de calcul en ligne cherchent souvent à milimétrer la quantité d’aliments que nous sommes incapables de fournir. Comment peut-on indiquer le montant de viande, poisson, légumes dans 24 menus touristiques pour un circuit de 14 jours?

Par contre, la réalité du terrain nous donne des constats visuels :

  • Gaspillage alimentaire du fait des buffets à volonté dans les hôtels
  • Déchets alimentaires originaires des menus dans les restaurants touristiques. Les touristes finissent rarement leur assiette.

Au Vietnam, le gaspillage alimentaire est entré dans les mœurs depuis une trentaine d’années. Dans la culture du pays, le gaspillage alimentaire est parfois perçu comme « positif ». En effet, l’abondance de la nourriture signifie l’hospitalité et la générosité de l’hôte. À moyen terme, il est impossible de faire changer la mentalité.

Voici les leviers que nous pouvons utiliser dans l’écoconception des voyages :

  • Réduire la pension complète pour éviter gaspillage alimentaire
  • Augmenter la part des repas chez l’habitant qui utilisent des ingrédients cultivés localement
  • Privilégier des échoppes locales qui proposent souvent un plat unique au lieu d’un menu tourisitique à plusieurs plats

Loisirs / activités touristiques

L’écoconception des voyages implique les activités basses carbonées. Dans le schéma classique, un circuit consiste à enchaîner la visite visuelle des monuments historiques. L’approche « vieille pierre», enracinée dans la culture européenne, explique pourquoi la logique d’empreinte carbone se base sur la distance parcourue d’un site à l’autre.

Est-il utile de visiter tel site qui justifie un transfert de 40km? Voilà le nouveau réflexe dans l’écoconception des voyages. Au Vietnam, on a trop tendance à copier le circuit des concurrents sans se demander pourquoi. Ce phénomène est particulièrement vrai dans les régions montagneuses du Nord. Pour répondre à la quête de « hors des sentiers battus », les agences proposent des endroits paumés, qui nécessitent des centaines de kilomètres en voiture privatisée. Au final, l’attractivité du site n’est pas au rendez-vous.

TTB Travel propose plutôt une approche de « hors des idées reçues » dans son écoconception des voyages. C’est-à-dire vivre avec les habitants, et ne pas voir les sites. Nous changeons complètement de paradigme. Une fois qu’on est dans une ville d’étape, voici les leviers pour réduire l’empreinte carbone.

  • Répartition équilibrée entre les déplacements en voiture et d’autres moyens moins polluants. Ex : une balade à pied dans le Vieux Quartier d’Hanoi au lieu de faire la visite du Mausolé de Ho Chi Minh et du Musée d’ethnographie.
  • Créer des activités immersives avec les habitants pour éviter la mobilisation de la voiture. Pendant une matinée, un atelier d’agriculture urbaine à Hanoi génère moins de kilométrage en voiture qu’un programme qui inclut 3 monuments à visiter.

Souvenir

À cause de sa proximité géographique avec la Chine, le Vietnam subit la contrefaçon depuis une trentaine d’années. L’émergence du tourisme international encourage le trafic de l’artisanat « Made in China ». Le Nord Vietnam partage les frontières terrestres avec la Chine. Ainsi, les camionneurs livrent facilement des souvenirs industriels, à la demande des entreprises vietnamiennes.

C’est  l’importation des souvenirs fabriqués en Chine qui génère beaucoup de Co2. Indirectement, les boutiques de souvenirs et les touristes sont impliqués dans la pollution collective. L’écoconception des voyages nécessite de revoir ce modèle. Cela commencera par boycotter des produits chinois en dénonçant la pratique malsaine des boutiques vietnamiennes.

L’écoconception des voyages implique des leviers suivants :

  • Ne plus proposer des arrêts shopping superflus, parfois forcés. Les voyageurs peuvent passer leur temps libre (hors programme) pour faire du shopping s’ils ont envie.
  • Pour éviter l’aspect mercantile, bonifier l’expérience voyageur par les ateliers d’apprentissage. Pourquoi pas s’initier à l’art et l’artisanat pour mieux apprécier leur valeur avant d’acheter.
  • Mettre en place un guide, mettant en avant les acteurs engagés qui valorisent le savoir-faire ancestral. Les voyageurs auront la liberté de choisir le type de souvenir

Kit zéro déchet dans la sensibilisation

Une fois que l’écoconception des voyages est faite, on passe à la consommation. Il y a du travail à faire dans la sensibilisation. Les voyageurs sont transportés depuis leur pays d’origine vers le Vietnam. Automatiquement, ils polluent énormément à cause de la quantité de Co2 des vols. En attendant des solutions de transport moins polluantes, on peut déjà agir une fois sur place.

La réalisation d’un voyage écoconçu n’est efficace que si les voyageurs sont impliqués. Pour faciliter la tâche, on peut proposer un kit zéro déchet à l’arrivée. Ce kit comprend :

  • Une gourde inox, permettant de remplir de l’eau au fur et à mesure du circuit. Ainsi, on évite d’acheter des bouteilles d’eau en plastique.
  • Un sac déchet réutilisable. Le meilleur déchet, c’est celui qui n’est pas jeté en pleine nature. Le Vietnam n’a pas d’infrastructure de recyclage efficace pour absorber nos déchets personnels.
  • Couverts en bambou servant au pique-nique dans les régions reculées
  • Gants pour les opérations de ramassage de déchet

Nous avons la conviction que plusieurs voyageurs ont la bonne volonté de franchir le pas. C’est à nous de travailler en arrière-plan pour favoriser leur initiation. Dans une approche pédagogique, nous avons aussi le Pacte du Vietnam. Ce mini-guide accompagne le voyageur pendant tout son parcours.

Conclusion

À force de côtoyer plusieurs DMC dans le monde, il s’avère que les destinations rencontrent les mêmes enjeux. Les autres réceptifs peuvent s’inspirer de notre méthode et l’adapter en fonction des spécificités de leur pays. Il n’y a pas de solution miracle « one-size fit all ». Chacun doit dessiner son propre chemin.

Nous envisageons de présenter l’écoconception des voyages au sein des associations dont nous faisons partie. Via le partage d’expérience et de connaissances, nous croyons que chacun de nous peut faire la différence. Réduire l’empreinte carbone est une responsabilité collective.

Cet article est une sous-catégorie de notre manifeste du tourisme durable. Il s’agit d’un document de synthèse qui guide toutes nos actions managériales vers un tourisme plus positif.

Van Thai

L’AUTEUR Van Thai

Ayant grandi dans une famille de diplomates, j’ai passé mon enfance expatriée à travers plusieurs pays asiatiques. En quête de sens, mes voyages personnels sont toujours remplis de rencontres humaines, d'immersion culturelle et de découvertes authentiques. Avec mon entreprise familiale, je livre un combat acharné contre le tourisme de masse.

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