Circuits du Vietnam : résultat de notre enquête en 2019

Mis à jour le: 21/07/2021 | Publié le: 21/07/2021
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Les circuits du Vietnam en 2019 reflètent fidèlement l’état du tourisme de masse du pays. C’est le résultat de notre enquête sur les offres proposées par une centaine de voyagistes français. Un échantillon de 369 circuits ont été analysés. Il y a une forte corrélation entre les itinéraires types et les « points chauds » du tourisme. L’étude nous fournit des indices pour se préparer au tourisme de demain.


Puisque TTB Travel se spécialise dans le segment BtoB, notre équipe suit de très près des tendances. Au début de chaque année, nous scannons l’ensemble des circuits du Vietnam pour mieux comprendre l’évolution des marchés francophones. Pendant le mois de janvier, nous analysons des sites Internet pour dénicher des partenaires potentiels. Nous avons choisi exprès l’an 2019, car c’est un échantillon représentatif du « monde d’avant ».

Méthodologie d’analyse des circuits du Vietnam

Pour assurer la qualité de l’étude, nous prenons en considération plusieurs critères de filtrage.

Profil des agences de voyages

Nous ciblons spécifiquement des fabricants de voyages traditionnels. L’échantillon contient 99 voyagistes. Trois catégories sont visées :

  • Généralistes : les voyagistes multi marques
  • Spécialistes. Les agences spécialisées dans les marchés de niche. On peut citer : voyage sur mesure, voyage solidaire, voyage d’aventure, spécialiste de l’Asie
  • Groupistes. Les agences qui organisent les voyages de groupe pour associations, comités d’entreprise
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À  cause de l’ampleur du travail, nous avons écarté les profils suivants :

  • Plateformes de voyages : Evaneos, Worldia, Trip Connexion, Prochaine Escale, ByNativ, Trace Directe. Ces acteurs font bosser les réceptifs pour enrichir leur base de données. Par conséquent, les offres sont trop nombreuses
  • Distributeurs de voyages. Ce sont les réseaux classiques qui se chargent de vendre des produits TO. On peut citer : Havas, Selectour Afat, Tourcom, Manor, Carrefour, Leclerc, Univairmer, CEDIV, Prêt-à-Partir
  • Anciens influenceurs qui tentent de percer l’univers du tour operating
  • Agences spécialisées dans l’événementiel ou le secteur MICE
  • Concepteurs de voyage sous l’appellation « Travel Planner » ou « Travel Designer »

Typologie de circuits du Vietnam

Pour garantir l’homogénéité des offres, nous mettons le focus sur la partie terrestre du Vietnam. Ainsi, nous écartons des éléments parasites suivants :

  • Le combiné Vietnam avec les pays voisins tels que le Cambodge, le Laos, la Chine
  • Les extensions balnéaires vers le littoral vietnamien : Phu Quoc, Nha Trang, Con Dao, Phan Thiet – Mui Ne
  • Les croisières fluviales de longue durée, notamment celles entre le Delta du Mékong et le Cambodge

La manière dont les offres sont présentées

En tout, nous avons recensé 369 circuits du Vietnam. Les offres sont affichées sous plusieurs formes :

  • Circuits en GIR avec des dates de départ précises
  • Exemples de circuits permettant de personnaliser par la suite
  • Circuits individuels
  • Exemples de réalisation du passé
  • Offres décrites dans une brochure à visualiser en ligne

Éléments à analyser dans les circuits du Vietnam

À cause du volume du travail, il est impossible de fouiller le moindre détail dans chaque circuit. Nous nous intéressons particulièrement à trois éléments :

  • Choix des itinéraires
  • Durée du voyage sur place, hors vols internationaux 
  • Approche de visite

Les circuits classiques qui passent principalement par des fleurons touristiques

Sans surprise, la quasi-totalité des voyagistes propose une tracée uniforme dans les circuits du Vietnam. À quoi ressemble une offre archétype?

  • Durée moyenne sur place: 12 jours
  • Itinéraire typique :  Hanoi – Halong – Hue – Hoi An – Ho Chi Minh Ville. C’est le fameux 5H, puisque le nom des villes commence par un H
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Quel est le lien causal entre le choix des voyagistes et le tourisme de masse ? D’abord, l’itinéraire envoie des touristes vers des points chauds, à savoir : baie d’Halong, Sapa, Hoi An. En ce qui concerne les extensions balnéaires, l’ile de Phu Quoc et Nha Trang sont plébiscitée. On constate une corrélation entre la trame des circuits du Vietnam et la carte du tourisme de masse

Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, 95% des touristes fréquentent 5% du territoire d’un pays. Dans le tour operating, 95% des circuits du Vietnam font découvrir 5% du pays. La facilité d’accès géographique explique le choix. Les villes d’étapes sont desservies par de nombreux vols. La baie d’Halong et Sapa sont accessibles par l’autoroute à moindre coût. Donc, ce n’est pas étonnant que ces endroits fassent partie des 95% 

Une minorité de programmes qui proposent des régions reculées

Parmi les 100 voyagistes français, seulement une poignée de spécialistes proposent des endroits moins fréquentés. À cause de la difficulté d’accès, les régions reculées sont hors de portée de la masse. Celle-ci a peu de temps sur place avec un budget de 12 jours seulement. 

Deux catégories sortent du lot :

  • Voyage d’aventure : Allibert, Terre d’Aventure, Tirawa, Huwans, Explorator
  • Spécialistes de l’Asie : Asia, Terre d’Indochine, Maison de l’Indochine

Le point commun de ces spécialistes est la bonne connaissance géographique du Vietnam. Avec l’aide d’un réceptif local, ils savent proposer des régions peu accessibles. C’est un moyen de faire croire que l’on maîtrise la destination au bout des doigts.

Le voyage d’aventure va de pair avec la notion « hors des sentiers battus ». Donc, c’est normal que les mordus d’aventure cherchent à fuir des villes et vadrouiller dans dens endroits paumés. Plus c’est introuvable, mieux c’est. On peut citer des cas extrêmes comme Allibert Trekking et Terres d’Aventure.

Une question mérite d’être posée. Est-ce que le « hors des sentiers battus » garantit nécessairement le tourisme responsable? Pas sur ! La montagne de déchets au sommet d’Everest est une preuve concrète.

Le voyage sur mesure ressemble plutôt à une standardisation atténuée

Depuis l’avènement des Marco&Vasco et Evaneos, le voyage sur mesure s’impose comme une nouvelle norme de l’industrie. Pour suivre la course, toutes les agences essaient de prendre une part du gâteau.  Voici ce qui ressort dans notre étude :

  • 40% des agences spécialistes visent entièrement le sur mesure comme cœur du business
  • 60% des agences proposent le voyage personnalisé comme accessoires

Force est de constater que le terme sur mesure est galvaudé. Les offres affichées ressemblent plutôt au service à la carte. Autrement dit, le sur mesure est considéré comme une personnalisation de masse. Souvent, il suffit de copier exactement le même itinéraire standardisé à une date différée. C’est pourquoi la tracée d’un voyage sur mesure n’est pas fondamentalement différentes de celle standardisée.

Nous avons comptabilisé le nombre de fois où les secteurs moins connus sont proposés dans les circuits du Vietnam. Parmi les 369 offres, les initiatives sont encore timides. Concrètement :

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Immersion expérientielle : maillon faible des circuits du Vietnam

Que ce soit du sur mesure ou du « hors des sentiers battus», les offres manquent de profondeur. En effet, les voyagistes précipitent souvent sur la découverte spatiale comme levier de différenciation. En revanche, la manière de découvrir des lieux manque d’originalité.

À trop vouloir s’aventurer dans les régions paumées, les spécialistes d’aventure ne savent pas comment découvrir des villes autrement. Par manque d’innovation, ils proposent une approche aseptisée. Nous avons remarqué deux tendances fortes :

  • La découverte des villes d’étape se limite à la visite des moments
  • Certaines activités cultivent l’effet de folklorisation culturelle

L’identité intrinsèque de la culture vietnamienne est compromise. Voici quelques exemples concrets :

  • Hanoi : balade en cyclo-pousse  et spectacle marionnette sur l’eau. Ces activités reflètent le Vietnam du passé. Elles ne sont plus d’actualité dans la société vietnamienne. Plus aucun Vietnamien ne prend le cyclo-pousse pour se déplacer.Plus aucun enfant vietnamien ne sait ce qu’est le spectacle des marionnettes. Dans la salle, il n’y a que des touristes étrangers.  
  •  Hue : dîner royal costumé. À noter que cette activité est proposée systématiquement par tous les groupistes. La monarchie royale fut abolie en 1945
  • Cours de cuisine : le nem est proposé partout, alors que ce n’est pas nécessairement la spécialité propre d’une région. C’est comme si on prétendait que les choucroutes alsaciennes sont le plat ancestral de la Bretagne

Ce qui est le plus frappant, c’est l’absence de l’implication des vrais habitants dans la co-création des expériences. La place de la rencontre humaine n’est pas valorisée. Le cas d’école est le village Tra Que à Hoi An. Pour pallier le manque d’échange humain, on a créé ce carré disneylandisé pour duper des touristes naïfs. Dans le même genre, on trouvera le village Yen Duc et le hameau Giang Mo

Une belle marge de manœuvre pour se démarquer de la concurrence

Les  indices confirment que le tourisme de masse est bien traduit à travers les circuits du Vietnam. Que ce soit dans le choix d’itinéraire ou l’approche de visite, la standardisation est omniprésente. Pour de nouvelles agences, ce sont les deux leviers à prioriser.

Le Covid serait une chance pour les nouveaux entrants de prendre une longueur d’avance. Du fait de la crise, il y a une prise de conscience accrue du tourisme responsable. Plus que jamais, le besoin d’authenticité et la quête de sens sont criants. Ceux qui amorcent le virage dans cette direction auront certainement des avantages concurrentiels.

Limites de l’étude

L’écart de temps est la première faiblesse de l’enquête. Depuis janvier 2019, plusieurs voyagistes ont disparu de la liste. On peut citer notamment Thomas Cook, Travel Team, Pandora Travel, Eden Travel.

La deuxième limite de l’enquête est le filtrage ultra sélectif du profil des agences. Si on élargit l’échantillon aux distributeurs, travel planners, plateformes, on obtiendrait davantage de lien causal entre la standardisation des circuits et le tourisme de masse.

La troisième limite est les paramètres que nous avons utilisés pour analyser les circuits. Plusieurs facteurs ne font pas l’objet d’analyse :

  • Saisonnalité des départs pour mesurer la séquence du flux touristique
  • Taille de groupes pour mesurer le quota et la capacité d’accueil des communautés
  • Choix des hébergements : pourcentage des chaînes internationales versus les structures locales. Cela permet d’évaluer la fuite des capitaux, encouragée ou non par les voyagistes
  • Choix de restauration : quantifier les restaurants voués aux touristes. C’est pour mesurer à quel niveau il y a une perdition de l’identité culinaire du Vietnam

La quatrième limite est la restriction de la zone géographique du marché francophone. Dans notre liste, il n’y a que les voyagistes français. L’échatillon aurait pu s’étendre aux autres pays européens : Suisse, Belgique, Luxembourg.

Cet article fait partie du livre blanc intitulé « Tourisme responsable au Vietnam : nouvelle approche 2.0 »

Van Thai

L’AUTEUR Van Thai

Ayant grandi dans une famille de diplomates, j’ai passé mon enfance expatriée à travers plusieurs pays asiatiques. En quête de sens, mes voyages personnels sont toujours remplis de rencontres humaines, d'immersion culturelle et de découvertes authentiques. Avec mon entreprise familiale, je livre un combat acharné contre le tourisme de masse.

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