Nouvel An vietnamien : les clés pour comprendre la fête sacrée

Mis à jour le: 26/04/2021 | Publié le: 26/04/2021
nouvel an vietnamien

Nouvel An vietnamien à éviter si on voyage au pays? C’est une question qu’on se pose quand on hésite entre plusieurs destinations en Asie. Trop souvent, une mauvaise compréhension nous pousse à choisir un autre pays ou venir au Vietnam dans une autre période. Faute de préparation adéquate, plusieurs ont mal encaissé de mauvaises surprises sur place et condamnent le Vietnam dans la foulée. C’est bien dommage, car c’est justement le Têt qui reflète le mieux la culture vietnamienne.


Pour le peuple vietnamien, cet évènement est le plus important de l’année, un peu comme Noel. Ne pas vivre cette expérience exceptionnelle, cela veut dire que vous ratez une partie de l’identité vietnamienne, surtout quand on a le choix. Cet article sert à relativiser des choses et vous livrer quelques clés pour bien préparer l’immersion dans cette ambiance festive. Avant de commencer, je vous invite à lire l’article de Madame Oreille sur le même sujet. L’auteure voit le Nouvel An vietnamien du point de vue pratico-pratique, avec des conseils utiles. En ce qui concerne le mien, je creuse beaucoup plus dans l’aspect immersif, le côté rencontre humaine et la compréhension du mode de vie des Vietnamiens autour de cet évènement. Pour éviter de vous noyer dans les informations, je vais prendre Hanoï comme ville à vivre le Nouvel An vietnamien

Nouvel An vietnamien : une tradition ancestrale

On fait d’abord un récapitulatif rapide sur cette fête traditionnelle. À nos jours, il y a encore beaucoup de confusions sur l’origine de cet évènement. On croit souvent à tort que le Têt est simplement une copie du Nouvel An chinois avec quelques adaptations locales. En réalité, c’est une version entièrement vietnamienne avant d’être sinisée.

Origine archaïque hors de la Chine

D’origine rizicole, la fête que l’on peut appeler «Nouvel An» existe déjà au Vietnam même avant l’invasion chinoise au IIe siècle av. J.-C. En effet, la tradition de confectionner le Bánh Chưng (gâteau du Têt) ou le culte  ông Công ông Táo (Dieux de foyer) existent au Vietnam au temps archaïque (Xe siècle avant J.C). Il y a plein d’autres légendes millénaires qui expliquent les rites pratiqués par les Vietnamiens lors de la fête et elles ne font pas du tout partie de la tradition chinoise.

Cependant, la fête se déroulait de façon assez disparate étant donné que le Vietnam à l’époque n’était pas un État centralisé. Quand les Chinois sont arrivés dominer le pays pendant mille ans, ils ont réussi à imposer un système plus uniformisé. Ils ont introduit la religion, l’écriture, l’administration. Ainsi, les Vietnamiens ont commencé à utiliser le calendrier lunaire pour calculer la date du Têt.

On a copié pas mal d’éléments chinois pour intégrer dans notre Nouvel An vietnamien. C’est justement la source de confusion. Aujourd’hui, j’ose dire qu’il y a environ 60% de vietnamien dans le Têt, et 40% d’influence chinoise. Malgré plusieurs similitudes entre les deux pays, on retrouve quand même des traits de caractère distincts.

À travers des forums et des plateformes de réseau social, il y a une divergence d’opinion sur la question : quel est le meilleur moment de venir au Vietnam pour bien profiter du Têt? Tout dépend de ce que vous recherchez. En fonction de la phase du Têt, on n’obtient pas la même réponse. Ici, je vous décris les atmosphères très diverses. À vous de juger ce qui vous semble bon.

Bien caler des dates en fonction du calendrier lunaire

Compte tenu de son importance primordiale dans la vie des habitants, le Nouvel An vietnamien est le jour férié officiel de l’État. Les Vietnamiens ont droit à une semaine de férié pour cette fête. Dans un pays où on n’a que 12 jours de congé payé par an, vous comprendrez pourquoi cette période est sacrée pour nous.

Même si le calendrier occidental est la norme administrative du pays, les Vietnamiens utilisent le calendrier lunaire pour calculer la date de différentes fêtes dont le Têt. Pour ne pas se casser la tête, les jeunes Vietnamiens font appel à la technologie. Grâce à Mr.Google, nous avons une application téléchargeable sur smartphone qui nous permet de consulter en parallèle le calendrier occidental et lunaire pour la même date. Il y en a plusieurs sur Android, mais j’en ai un qui est pas mal. Vous pouvez télécharger l’appli en cliquant sur ce lien.

En fonction de ce férié, on distingue trois phases.  Donc chaque phase offre une expérience différente. À vous de choisir la période en fonction de vos besoins.    

  • la préparation du Têt (environ deux semaines avant le Réveillon)
  • le Réveillon,
  • La semaine qui suit le Réveillon. 

Nouvel An vietnamien pendant la préparation

C’est la période la plus chargée au niveau des déplacements. Les Vietnamiens s’empressent à rentrer chez eux pour retrouver la famille. C’est encore plus crucial pour ceux qui quittent leur village d’origine pour travailler dans les villes situées à quelques centaines de kilomètres plus loin.  C’est le flux migratoire vers la campagne qui entraîne souvent l’embouteillage infernal dans les grosses villes comme Hanoï et Saïgon.

Le retour massif des migrants

Des millions de Mobylettes et de voitures se piétinent pour trouver un espace libre, ce qui laisse une scène plus impressionnante que d’habitude. Tous les moyens de transport public sont au complet très rapidement, car c’est financièrement abordable pour la plupart des employés de revenu modeste. C’est pourquoi les voyageurs étrangers ont du mal à préparer leur déplacement à travers le pays. Les bus et les trains sont certainement les plus sollicités, car c’est habituellement le moins cher.

La demande est tellement forte que plusieurs prestataires de service n’hésitent pas à gonfler artificiellement le prix. Un ticket de bus se multiplie par trois, mais tout le monde accepte de le payer, car c’est encore le moins cher parmi toutes les solutions de déplacement. Pire encore, plusieurs bus sont surchargés, 120 passagers pour 80 places! On est serré comme les sardines!

L’inflation du prix lors du Nouvel An vietnamien fait partie du cycle prévisible et c’est une expérience désagréable pour tout le monde, Vietnamiens ou touristes étrangers confondus. Donc, je reproche souvent des blogueurs / voyageurs qui croient que l’on gonfle le prix exprès pour les touristes et que c’est une pratique discriminatoire. Seuls les touristes mal préparés pensent d’une telle manière.

Immergez-vous dans la phase préparatoire

Malgré cette difficulté logistique, c’est la meilleure période pour votre immersion culturelle. Les gens sont en pleine préparation du Têt. Les commerces tournent en plein régime pour répondre aux demandes des foyers. Un peu partout dans la capitale, les Hanoïens vont aux marchés aux fleurs pour acheter le fameux pêcher, équivalent du sapin de Noel.

Si vous faites étape à Hanoï dans cette phase, n’hésitez pas à visiter des marchés hauts en couleur comme Hang Luoc ou Quang Ba.  Hormis les pêchers, les Hanoïens adorent acheter aussi des branches de kumquat, de prunier ou d’abricotier. Pour eux, toutes ces plantes représentent le bonheur. D’ailleurs, si vous remarquez bien, le Nouvel An vietnamien se situe exactement au printemps, symbole de la renaissance et de la prospérité. Ce n’est pas par hasard que les Vietnamiens ont choisi cette saison pour fêter, car c’est un pays profondément rizicole. Le printemps nous rapporte le climat clément et de l’eau pour assurer une bonne récolte.

Hormis les arbres décoratifs, les Hanoïens recherchent aussi de nombreux articles d’ornement et des enveloppes rouges, les fameux lì xì  dans lesquelles on glisse des étrennes. Selon la tradition, ils se dirigent vers la rue Hang Ma, spécialisée dans ce type de marchandise depuis une trentaine d’années. Le rouge, signe de bonheur, est omniprésent dans cette rue.

Les Vietnamiens profitent aussi de la retrouvaille familiale pour confectionner Bánh Chưng (gâteau du Têt). Même si cette tradition se perd progressivement dans les grandes villes, ça reste en vigueur à la campagne. Ceci dit, vous aurez quand même l’occasion d’apprendre à confectionner Bánh Chưng si vous êtes accueilli par une famille hanoïenne.

Comprendre les croyances populaires

Si vous voyagez en ville dans cette période, vous croiserez peut-être les gens en train de faire des offrandes. C’est quoi au juste? Au niveau spirituel, la tradition veut que les Vietnamiens rendent hommage aux Dieux du foyer : ông Công ông Táo. Selon la croyance populaire, ces Dieux surveillent toutes les affaires de la famille, une sorte de « agent FBI » du royaume céleste.

Une semaine avant le Réveillon, ces Dieux vont faire un voyage au paradis pour envoyer un rapport détaillé sur ce qui se passe dans votre famille pendant toute l’année. Donc, les relations extra-conjugales les plus secrètes sont aussi enregistrées dans leur rapport ! Dans cette optique, les Vietnamiens organisent une cérémonie relativement compliquée avec des codes à respecter.

Parmi les éléments les plus faciles à repérer, on peut citer du papier votif et des cages à poisson. En effet, selon la légende, les Dieux du foyer utilisent le poisson chat pour…voyager. Donc c’est bien apprécié qu’on rachète des poissons puis les libérer dans les lacs pour que les Dieux puissent les utiliser.      

Nouvel An vietnamien lors du Réveillon

Parmi les 7 millions d’habitants à Hanoï, plus de deux tiers ne sont pas hanoïens de souche, ce sont des provinciaux qui viennent s’installer pour du travail. Lors du Nouvel An vietnamien, ils rentrent dans leurs villages d’origine. Vers le jour du Réveillon, la circulation baisse nettement puisqu’il y a seulement un tiers de la population qui reste dans la capitale.

Chute drastique du flux humain !

On croise beaucoup moins de véhicules et plusieurs Hanoïens disent qu’on retrouve l’ambiance de la ville des années 1980!  Le Réveillon, c’est un peu comme la veille de Noël. À la nuit tombée, les Vietnamiens cessent toute activité extérieure pour rentrer au foyer. L’effervescence de la ville cède la place au calme. En famille, les gens partagent le repas du dernier jour de l’année et attendent impatiemment la nouvelle année.

nouvel an vietnamien

Depuis une dizaine d’années, la culture hanoïenne évolue. Plusieurs jeunes préfèrent sortir voir les amis, assister aux feux d’artifice ou tout simplement regarder la foule autour du lac Hoan Kiem.  Donc, même avec le Réveillon, on voit un contraste notable entre la zone touristique (encore bondée) et les quartiers résidentiels (pas un chat dans la rue).

Prière à la veille

Une fois que les feux d’artifice sont terminés, les gens se ruent vers les pagodes bouddhistes et temples pour solliciter la chance. Malgré un grand nombre de pagodes, seules celles les plus sacrées sont visitées. C’est vraiment une expérience à vivre même si vous n’êtes pas adepte du bouddhisme. D’ailleurs, tous les Vietnamiens ne sont pas bouddhistes non plus!

nouvel an vietnamien

Selon les us et coutumes, les Hanoïens achètent quelques objets spécifiques tels que cannes à sucre et du sel. Pourquoi? C’est clair que les Vietnamiens ne vont pas acheter des cannes à sucre pour fabriquer du rhum! Cette plante a une autre signification très humaniste. Ses racines représentent les ancêtres, ses feuilles symbolisent le royaume céleste, et le tronc représente le monde des vivants. Ainsi, les cannes à sucre représentent la retrouvaille familiale, entre les vivants et leurs ancêtres défunts. En ramenant des cannes à sucre à la maison, les Vietnamiens espèrent que leurs ancêtres reviennent sur terre pour partager la joie avec la famille.

Et le sel? Ça vient de la mer. Selon la croyance, la mer est synonyme d’une richesse sans limite. Le sel marin représente donc la richesse matérielle illimitée. En achetant du sel à la maison, les Vietnamiens espèrent que ça rapportera du fric!

Nouvel An vietnamien après le Réveillon

C’est la phase qui est souvent relatée dans les récits des voyageurs. Pendant les trois jours qui suivent le Réveillon, les gens restent encore en famille. Par conséquent, la plupart des petits commerces sont fermés. Les Hanoïens profitent de ces premiers jours de l’année pour visiter des pagodes ou des temples ou chez des voisins.

nouvel an vietnamien

On constate encore un contraste ici. D’une part, les lieux touristiques sont déserts et des rues sont calmes. D’autre part, des pagodes et des temples sont bondés. Dans les récits racontés par des voyageurs, ils ne voient que la moitié des choses. Hanoï est totalement absente sur la scène touristique si vous visitez des endroits comme le Temple de la Littérature ou le Mausolée Ho Chi Minh. C’est clair que vous ne croiserez pas beaucoup de touristes. Cependant, si votre objectif est de comprendre la culture vietnamienne, je vous suggère de découvrir Hanoï autrement.

nouvel an vietnamien

Lors du Nouvel An vietnamien, la ville dévoile un autre visage plus intimiste. Ce sont ses habitants qui fréquentent les édifices religieux. L’âme hanoïenne à la fête du Têt se montre plus discrète à l’extérieur. C’est à l’intérieur des foyers que vous allez sentir la chaleur de la fête.

nouvel an vietnamien

L’expérience à vivre pour cette phase est de vous faire inviter chez les gens pour partager une fondue copieuse. Il faut savoir que la température moyenne à Hanoï pendant cette période est autour de 14 degrés. C’est une condition idéale pour la fondue. C’est lors de la visite chez des gens que l’on sort ses enveloppes rouges (avec de l’argent dedans) pour offrir.     


Pour vivre pleinement le Nouvel An vietnamien, vous aurez besoin d’une organisation disciplinée. Le cœur de la fête reste dans la rencontre humaine avec des familles vietnamiennes. Or, elles sont rarement accessibles pendant cette période. C’est pourquoi faire appel à une agence professionnelle est la meilleure option. Consultez notre circuit Vietnam au Nouvel An

Van Thai

L’AUTEUR Van Thai

Ayant grandi dans une famille de diplomates, j’ai passé mon enfance expatriée à travers plusieurs pays asiatiques. En quête de sens, mes voyages personnels sont toujours remplis de rencontres humaines, d'immersion culturelle et de découvertes authentiques. Avec mon entreprise familiale, je livre un combat acharné contre le tourisme de masse.

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