Tourisme domestique du Vietnam : lueur d’espoir pour 2021

Mis à jour le: 31/05/2021 | Publié le: 26/05/2021
tourisme domestique

Le tourisme domestique est négligé pendant longtemps à cause du faible revenu de la population. Par contre, l’émergence des classes moyennes a changé la perception de ce segment. Dans beaucoup d’endroits, le curseur se déplace du tourisme international vers le créneau domestique. La pandémie confirme davantage ce phénomène qui date de 2010. Pendant que les frontières sont fermées aux étrangers, les Vietnamiens sont soudainement courtisés. Même si la dernière éclosion de Covid (avril 2021) bloque toute tentative de reprise, un changement structurel est déjà entamé. Décryptage lors de nos récents repérages

Cet article fait partie du livre blanc intitulé « Tourisme de masse au Vietnam : Enjeux et perspectives »


Le tourisme domestique est une autre forme du tourisme de masse

L’histoire du tourisme vietnamien nous apprend que les vacanciers vietnamiens jouent un rôle de plus en plus important dans l’industrie. L’État n’a pas attendu la pandémie pour mettre l’accent sur les classes moyennes comme moteur de croissance économique.

Depuis 20 ans, le congé 30/04 – 01/05 est habituellement une période très achalandée. La tradition veut que les Vietnamiens se ruent massivement vers le littoral. Sans parler de Covid, c’est une scène normale chez nous : foule compacte dans les transports, sites bondés, flambée de prix, etc. Ce qui change, c’est la montée en gamme au niveau des prestations et la diversité des forfaits

Le tourisme domestique évolue. C’est fini l’époque des ouvriers pauvres qui attendaient les congés payés par le comité d’entreprise. Le profil des vacanciers est beaucoup plus diversifié. Une partie de la population ne veut plus subir les voyages de groupe. Elle préfère partir en petit comité avec des packages dynamiques. Pour répondre à cette tendance, deux formes marquent leur essor :

  • Tourisme de divertissement
  • Séjours de villégiature

Compte tenu de la pandémie, l’ensemble des prestataires baisse des prix pour remplir la saison d’été. En outre, il y a aussi l’effet de « revenge travel » après une longue période de ralentissement. Cela explique un rebond extraordinaire lors du férié.

La situation confirme notre constat : les locaux participent aussi au tourisme de masse. En absence des touristes internationaux, ce sont les Vietnamiens qui prennent le relais. Les points chauds ont peu de temps pour se reposer. Nous faisons le point sur les endroits suivants : Hoi An, Nha Trang, Phu Quoc, Sapa

Vitalité de Hoi An pendant le week-end

Dans le but de stimuler son économie, Hoi An « drague » ses compatriotes. Grâce à une politique incitative, l’ancien Faifo réussit à remplir sa vieille ville depuis mars 2021. Selon les autorités locales, l’affluence est évaluée autour de 1000 visiteurs pendant les heures de pointe (14h-21h). Certes, nous sommes loin du niveau habituel. Toutefois, c’est mieux que le désert

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La plupart des visiteurs sont les Vietnamiens qui profitent de la facilité d’accès pour passer le weekend. En effet, Hoi An est très proche de l’aéroport de Danang dont la rotation de vols est très dense.  

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Il faut une crise profonde pour se rendre compte de la résilience des habitants de Hoi An. En temps normal, ce ne sont pas toujours les bénéficiaires directs de la manne touristique. Ces petits commerçants travaillent à l’ombre au service des Vietnamiens. Maintenant, la cuisine de rue leur permet d’arrondir les fins du mois. Ceux qui ne dépendent pas des touristes internationaux s’en sortent beaucoup mieux.

Sapa surbookée et l’esclavage moderne reprend son droit   

Lors du férié, le taux d’occupation des hôtels est autour de 80%. Depuis 2015, cette ancienne station d’été est déjà sous le contrôle du tourisme domestique. L’exemple de Topas Ecolodge est le plus parlant. Jadis, le complexe était exclusivement voué aux touristes occidentaux. Désormais, l’établissement est obligé de se plier à la règle du jeu pour survivre. La quasi-totalité de ses chambres est réservée par les clients locaux

Ce qui s’est passé correspond à ce que nous avions craint. Sapa reste l’esclave du tourisme domestique, bien que les Vietnamiens ne soient pas conscients de leur impact. La mendicité des enfants issus des ethnies est un fléau sociétal. Cette problématique résulte d’une politique de laissez-faire. Naguère, les ethnies étaient esclaves des touristes occidentaux. Désormais, les vacanciers vietnamiens sont leurs nouveaux « maîtres ».

À cause d’un accès trop facile, Sapa est beaucoup plus vulnérable que les autres points chauds. Il faut seulement 3h de route depuis Hanoï. Une fois que le virus est maîtrisé, les citadins n’ont pas à attendre le férié pour y faire un saut. Comme résultat, la place centrale de Sapa est souvent bondée le weekend.

Nha Trang pendant la trêve de colonisation

Nha Trang est tristement connue comme Manhattan du littoral vietnamien. Habituellement, c’est une terre colonisée par les Chinois et les Russes. La crise sanitaire a refoulé ces touristes indésirables chez eux. Le vide fantomatique a régné la ville balnéaire pendant plusieurs mois. Et puis, la population reprend graduellement la confiance pour partir en vacances. Après le Nouvel An vietnamien, on remarque le retour accru des visiteurs locaux.

Le tourisme de plage est la forme traditionnelle des vacances pour la couche moyenne. Nha Trang reste le symbole de la démocratisation du repos pour l’ensemble de la population. Dans ce sens, tout est fait pour servir la masse, y compris la baisse agressive des prix. Dans l’ensemble, Nha Trang obtient le résultat escompté. Tous les signaux sont très encourageants pour les autorités locales. Concrètement:

  • Le volume de fréquentation de ses plages est à 30% par rapport au pic habituel
  • Pendant tout le mois d’avril, le taux d’occupation des hôtels est autour de 70%.
  • Le nombre de visiteurs dans la baie est autour de 3,000 par jour. C’est un record depuis l’éclosion du virus en mars 2020.

Dans l’esprit des gens, la pandémie s’avère d’être maîtrisée. Ainsi, les vacanciers prêtent moins d’attention aux mesures sanitaires. On constate l’absence de distanciation sociale et le port du masque.  On retrouve la queue habituelle dans les sites connus, notamment le parc d’attractions Vin Pearl

Baie d’Halong : contraste entre le vide maritime et la masse terrestre

Le taux d’occupation est autour de 70% dès avril 2021. Les gens réservent tôt pour profiter du carnaval d’Halong qui est une réplique de l’homologue brésilien. Ce festival coïncide avec le férié national

Si Nha Trang est le fleuron balnéaire du Sud, la Baie d’Halong reste la référence du Nord. Depuis toujours, deux segments co-habitent dans ce site Unesco :

  • L’univers des bateaux croisières, prisés par les touristes occidentaux
  • Le monde des vacanciers vietnamiens qui préfèrent l’effervescence citadine sur le littoral.

La pandémie affirme cette caractéristique innée du tourisme domestique. Les Vietnamiens aiment la foule, même si celle-ci peut les agacer. Un site doit être bondé pour justifier sa popularité. Comme tous les autres endroits, la Baie d’Halong a parfaitement compris ce besoin fondamental. Pour retenir la foule, il faut trouver les moyens de les divertir. Dans ce sens, on créé de toute pièce des parcs d’attractions, des zones de shopping et l’événementiel.

Phu Quoc : terreau fertile de villégiature et divertissement

Selon les statistiques provinciales, le volume de visiteurs est autour de 50,000 par jour pendant les 4 jours de férié. Dans la perception des Vietnamiens, l’île de Phu Quoc est un mélange entre le chic de Capri et l’extravagance de Disneyland. Les groupes hôteliers ont bien compris ce fantasme. C’est pourquoi la majorité des resorts visent une clientèle haut de gamme. Avant 2010, Phu  Quoc était un endroit réservé principalement aux touristes étrangers. Depuis l’avènement des conglomérats, ce privilège se démocratise.  Le visage de Phu Quoc ressemble à la Mediterranée vietnamisée.

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Dans la culture vietnamienne, la démocratisation du luxe est un phénomène nouveau. La nouvelle bourgeoisie adopte un mode de vie au nom de sang chảnh (luxe ostentatoire).  Le férié national nous démontre que c’est une massification du luxe. Pour stimuler le tourisme domestique, les resorts haut de gamme proposent un prix de 3***. Pour profiter de la reprise, les compagnies aériennes se précipitent aussi. On propose les billets au prix d’une pizza.

Offensive soudaine de la Covid et la reprise éphémère du tourisme domestique

L’optimisme du tourisme domestique était à son comble jusqu’à la veille du férié national. La plupart des entreprises espéraient une reprise à la normale du segment vers l’été. Hélas! Le variant du virus a lancé une attaque d’envergure le 27/04. En une semaine, les foyers d’épidémie se multiplient dans tout le pays. Dans le tourisme, les annulations se font massivement. C’est une descente directe à l’enfer pour les voyagistes spécialisés dans le segment domestique.

Contrairement aux vagues précédentes, le Vietnam décline face à la nouvelle offensive. Les efforts dans le tourisme sont à nouveau réduits à néant. Plusieurs facteurs expliquent  cette défaite cuisante

  • Optimisme démesuré du peuple qui entraîne l’imprudence collective. L’absence de la distanciation sociale dans les endroits bondés démontre le manque de discipline habituelle chez les vacanciers
  • Apparition simultanée des variants britannique et indien, alors que le départ massif en vacance est inéluctable.
  • Difficulté de surveiller l’immigration clandestine des cas confirmés en provenance du Laos et du Cambodge
  • Inefficacité des mesures de dépistage et mises en quarantaine dans les régions reculées. Plusieurs personnes ont le test négatif alors qu’elles dépassent 20 jours d’isolement.

Lors de la rédaction de cet article, le Vietnam est en guerre contre le variant depuis un mois. L’atmosphère est encore tendue. Le tourisme domestique retrouve son niveau désertique depuis un an.

En guise de conclusion, l’éclosion récente de la Covid démontre que la précipitation sur la reprise n’est pas gage de succès. Par contre, le rebond éphémère du tourisme domestique confirme le rôle incontestable de la classe moyenne dans l’économie. L’effet raz-de-marée sera toujours là. C’est une nouvelle réalité que les agences réceptives doivent prendre en considération. La bonne anticipation du mariage mixte entre le flux international et celui local sera notre prochain casse-tête.

Van Thai

L’AUTEUR Van Thai

Ayant grandi dans une famille de diplomates, j’ai passé mon enfance expatriée à travers plusieurs pays asiatiques. En quête de sens, mes voyages personnels sont toujours remplis de rencontres humaines, d'immersion culturelle et de découvertes authentiques. Avec mon entreprise familiale, je livre un combat acharné contre le tourisme de masse.

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