La Vespa – témoin d’un mode de vie branché des Saïgonais

Mis à jour le: 05/05/2021 | Publié le: 28/04/2021
la vespa

La Vespa a une histoire unique au Vietnam, du fait de son passé colonial. Initialement prévu pour l’élite, l’iconique scooter italien s’est démocratisé. La Vespa est devenue un symbole de prospérité de Saigon. De nos jours, c’est l’emblème de la jeunesse branchée


Les Mobylettes sont légion en Asie du Sud-Est. Ça, c’est vrai et encore plus vrai dans un pays peuplé de 95 millions d’habitants comme le Vietnam. Mais il y a une chose que vous ne savez pas. Le Vietnam est le seul pays asiatique où les scooters Vespa sont les plus vendus et l’engouement pour ce modèle branché ne date pas d’aujourd’hui. Comme d’habitude, pour comprendre le Vietnam, il faut comprendre son histoire. Pourquoi la Vespa est plus marquée au Vietnam qu’aux autres pays en Asie du Sud-Est? Remontons au passé glorieux de Saigon, la « Perle d’Orient » sous la colonisation française.

Les vicissitudes de la Vespa au fil du temps

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la production de Vespa était en plein essor. De nombreuses usines de Vespa furent installées en France pour répondre à une consommation accrue de la classe moyenne. Les premières vespas furent exportées au sud du Vietnam, appelé Cochinchine française. Mais l’usage principal de la Vespa n’était pas de rouler en ville, mais de servir à des fins militaires. L’armée coloniale faisait appel à la Vespa comme moyen de communication redoutable.

Après le départ des Français en 1954, les Américains ont pris le relais et transformé Saigon en une ville très capitaliste. Largement subventionnée par les États-Unis, la population saïgonnaise n’a jamais vécu un train de vie si faste et ostentatoire. Pendant la colonisation française, la consommation locale était limitée à l’élite.

Sous la domination américaine, Saigon favorisait l’émergence de la classe moyenne vietnamienne y compris les bourgeois, les commerçants, les militaires, les fonctionnaires. La ville a suivi toute tendance de consommation en Europe y compris l’usage de la Vespa. On est dans la période des années 1950-1960 où les Vespas étaient pléthoriques dans les boulevards ombragés.

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A la fin de la guerre américaine en 1975, la Vespa a connu une longue période de déclin sous l’austérité communiste. Dans une économie de subvention des années 1980, toute fortune privée était interdite y compris la Vespa, symbole du chic. Ceux qui ont vécu dans cette période devaient planquer leur Vespa pour éviter le regard indiscret des patrouilles.

En 1994, les États-Unis et le Vietnam ont renoué la relation diplomatique. L’ancien reporter de guerre Henry Kamm est retourné au pays pour photographier les scènes quotidiennes. Il fut frappé par le fait qu’un bon nombre de Vespas subsistent encore dans les rues malgré la censure communiste des années 1980. Et oui, on planque les scooters abeilles quand c’est interdit. Mais l’ouverture économique des années 1990  a mis fin à cette interdiction. Alors on peut à nouveau rouler en Vespa.

Renouveau de la Vespa à l’ancienne

Le destin de la Vespa Vintage au Vietnam nous rappelle des vieilles voitures cubaines. Le Vietnam est le dernier endroit au monde où on peut encore trouver les vieilles pièces de Vespa et Lambretta des années 1960-1970. Donc c’est la mecque de Vespa Vintage et les collectionneurs des quatre coins du globe viennent au pays à la chasse de ces modèles rares.

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Le mouvement coïncide avec l’attention de la société Piaggio très orientée vers le Vietnam. À partir de 2004, sous la houlette de l’Ambassade italienne, la société effectue de nombreuses campagnes de marketing pour améliorer la visibilité de ses nouvelles générations de Vespa. La cible est indéniablement les jeunes citadins vietnamiens, évalués à 15 millions de personnes. C’est un franc succès de la Vespa moderne qui prend une belle part de marché de niche face au géant Honda qui s’installe au Vietnam depuis 1994. Saigon représente la jeunesse vietnamienne. La Vespa est un accessoire emblématique de cette jeunesse.     

Balade en Vespa a le vent en poupe depuis plus de 10 ans

On blâme trop facilement la circulation anarchique de Saigon, les klaxons incessants, le gaz d’échappement. Pourquoi une telle attitude? Parce que vous vous limitez au rôle d’un simple observateur. Et si c’est vous, acteur principal dans cette fourmilière de Mobylettes? OUI je parle d’une balade à Vespa Vintage à travers laquelle vous êtes soit conducteur soit accompagné d’un conducteur local. Vous allez voir, ce n’est plus la même sensation. En tant qu’observateur, vous subissez la circulation.

En enfourchant la Vespa, vous vivez la circulation. Vous faites partie de la masse. C’est ça l’authenticité. C’est ça la vraie immersion dans la vie vietnamienne. Si la découverte de Saigon en Vespa est bien relayée dans les médias anglophones (surtout aux États-Unis et en Australie), c’est un service assez méconnu des voyageurs francophones

Si la Vespa est une icône du chic au Vietnam depuis plus de 70 ans, son service touristique est récent. Tout a commencé en 1996, Steve Mueller, un touriste américain, a débarqué au Vietnam après 11 ans à Hawaii. Il a tout de suite succombé au charme de Saigon effervescente. Il n’a jamais quitté le Vietnam depuis et il a même fondé une famille avec une Vietnamienne. L’amour pour une Vietnamienne, l’amour pour la Vespa, l’amour pour Saigon. Et voilà le trio qui est l’origine de la création d’une société spécialisée dans la balade en Vespa en 2006. Le service a tellement cartonné que les autres ont copié le modèle.

Aujourd’hui, on peut trouver le service de Vespa dans plusieurs endroits au Vietnam dont Saigon, Hoi An, Hanoi. Les itinéraires ne se limitent pas en ville, mais s’étendent à la campagne. On vous propose même les circuits sur plusieurs jours en longeant la côte vietnamienne. Malgré l’élargissement de la gamme d’itinéraires, la découverte de Saigon en Vespa reste toujours la référence. Pourquoi? Parce que Saigon est le berceau de Vespa au Vietnam.  

Quels sont les avantages d’une balade en Vespa?

Le concept de la balade en Vespa est similaire à celle de side-car à Hanoi. C’est-à-dire qu’on peut s’aventurer dans les endroits typiques hormis les sites incontournables. Accompagné par les résidents passionnés, on vous emmène dans les recoins souvent négligés dans les guides. Ces résidents-conducteurs vous font découvrir la vie authentique de Saigon à travers leur optique. Vous aurez un angle de vue totalement différent.    

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La particularité des conducteurs de Vespa, c’est qu’ils sont souvent propriétaires de Vespa et amateurs de ce véhicule abeille. Beaucoup d’entre eux font partie des Clubs de Vespa. Pour eux, accompagner les voyageurs étrangers est une véritable opportunité de tisser des liens d’amitié. Pour les jours où la Vespa n’est pas en service, ces résidents se rencontrent dans les cafés du quartier Bui Vien pour s’échanger et  partager la passion commune pour la marque.

Optez pour une balade de quatre heures dans l’après-midi. C’est en fin d’après-midi que l’on sent mieux l’ambiance de Saigon animée. Vers 17h, c’est l’heure de pointe et vous serez au milieu d’une forêt de Mobylettes. C’est une incroyable scène de vie urbaine où les gens portent un peu de tout : enfants, cochons, babioles, etc. Un plein été, sous la chaleur de plomb, vous pouvez également témoigner des femmes se couvrant de la tête aux pieds. C’est un véritable phénomène du culte de la peau blanche.

Une petite fin? Pas de problème, la Vespa vous emmènera dans un Beer Garden et on mange local et paie le prix local. Parmi les spécialités culinaires de Saigon, il faut citer le Bánh Xèo (crêpe frite farcie de soja, de la noix de coco et des crevettes). Pour terminer la soirée, vous vivrez à la saïgonnaise en fréquentant un café branché où on peut assister à la musique live.

Van Thai

L’AUTEUR Van Thai

Ayant grandi dans une famille de diplomates, j’ai passé mon enfance expatriée à travers plusieurs pays asiatiques. En quête de sens, mes voyages personnels sont toujours remplis de rencontres humaines, d'immersion culturelle et de découvertes authentiques. Avec mon entreprise familiale, je livre un combat acharné contre le tourisme de masse.

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