Voyage écoresponsable en 2021 : ce que le dernier sondage IFOP nous dit

Mis à jour le: 08/07/2021 | Publié le: 08/07/2021
voyage écoresponsable

Le voyage écoresponsable est plébiscité par la majorité des Français. C’est confirmé par IFOP lors d’une enquête  intitulée « le Français et le tourisme durable ». Même s’il demeure des interrogations, le résultat du sondage est encourageant.  L’étude nous livre des indices pour tracer les grandes lignes du tourisme de demain. Décryptage

Cet article fait partie du livre blanc intitulé « Tourisme responsable au Vietnam : nouvelle approche 2.0 »


Rapport entre le voyage écoresponsable et le coût

voyage écoresponsable

Sans surprise, les répondants donnent une réponse défavorable à l’idée de payer plus cher pour un tourisme plus vertueux. Ce n’est pas étonnant pour nous, car la question est déjà « manipulée» pour obtenir un NON.  Pour les Français, le voyage signifie par défaut le déplacement à l’international vers des endroits lointains. La question débile cultive davantage la perception erronée du voyage écoresponsable.  Concrètement :

  • L’hébergement laisse sous-entendre que la durabilité rythme avec les Club Med et Six Senses
  • Le transport veut dire d’emblée le vol international avec l’imposition des taxes carbone

Cela implique que le public a encore une méconnaissance par rapport  à la valeur perçue du voyage écoresponsable. Il y a du travail pédagogique à faire, à savoir :

  • Le tourisme durable concerne aussi un voyage local en France
  • L’écoresponsable est aussi se concentrer sur une région pour maximiser l’impact positif. Vous n’êtes pas obligé de faire un circuit Vietnam express 10 jours en tapant des écolodges ostentatoires
  • Personne n’est prêt à payer plus cher pour une offre qui n’apporte aucun intérêt

Regardons bien la réaction très positive des produits locaux dans le sondage. Dans l’imaginaire, cela fait référence au soutien des producteurs locaux et l’appel d’une hygiène de vie saine. Voilà pourquoi le public est prêt à payer plus cher pour cette seule catégorie

L’étude nous montre que la communication sur le prix est une mauvaise approche. Et si on visait plutôt l’expérientiel? Dans une société déboussolée, les gens cherchent du sens dans le voyage. Alors, offrons-leur ce sens humaniste. Il faut leur donner une chance de vivre l’utilité.

Définition du grand public par rapport au voyage écoresponsable

voyage écoresponsable

Le résultat confirme la difficulté du public à cerner les subtilités du tourisme durable. C’est un jargon technique que les professionnels ne réussissent pas à vulgariser. Par conséquent, les répondants ne comprennent qu’une partie sémantique du concept. Ne blâmons pas trop vite les gens. Tant que l’on évoque encore camelia sinensis, personne ne saura que c’est du thé !

Ce qui nous intéresse dans les réponses, c’est l’aspect  auquel les consommateurs accordent une priorité. Selon le schéma, on peut classer :

  • Respect du mode de vie des habitants, ce qui peut se traduire par l’authenticité des rencontres
  • Réduction de l’impact personnel sur l’environnement. Dans le fond, personne n’a envie de voir une montagne de plastique devant soi. C’est à nous d’informer que l’écologie ne se résume pas à Co2.
  • Partage équitable des retombées économiques du tourisme. Certes, c’est placé au dernier. On aimerait bien que ce soit la priorité 1. Par contre, cela incombe aux institutions et professionnels de travailler ensemble pour faire le boulot en amont

Ces trois notions sont bien présentes dans notre charte du voyage écoresponsable au Vietnam. Selon nous, il faut adopter une approche pédagogique. Autrement dit, il faut simplifier des notions « intello » via des termes accessibles.

En fait, les trois priorités du sondage correspondent au sens que les gens cherchent en voyage. Tout le monde aime l’authenticité, la propreté, et le bien-être. Alors, concentrons-nous sur ces bénéfices client pour communiquer le tourisme durable.

Valeurs de durabilité : transversalité ou seulement une catégorie?

Les répondants sont favorables à l’idée de leur suggérer des offres liées au tourisme durable. Par contre, c’est plutôt la manière de poser la question qui nous intéresse. Elle met en exergue toute l’incohérence de l’industrie :

  • Le voyage écoresponsable n’est qu’une catégorie de produit. Le consommateur peut le prendre ou non, selon ses envies.
  • S’il existe une sélection spécifique de séjours «responsables», tout le reste sera irresponsable. Ainsi, un TO proposera 80% de produits bullshit et 20% de produits de catégorie responsable.

Le voyage responsable est une démarche transversale, pas une sélection de produit. C’est une nécessité qui devrait s’imposer dans l’ensemble des offres. Si les Français disent oui à 85%, ce n’est pas pour qu’on leur propose du greenwashing. Les voyagistes doivent arrêter ce foutage de gueule

La question du sondage mentionne uniquement les plateformes en ligne. Du coup, les TO et agences de voyages physiques sont exonérés du job? En tout cas, même si ces producteurs industriels veulent une sélection, ce n’est pas évident. À l’instar de McDonald, tout le modèle d’affaires est conçu pour fabriquer des voyages « usine à gaz ».  Croyez-vous que McDo sera capable de défaire sa machine pour confectionner des pizzas? Nope !

Le changement radical est impossible chez les acteurs bien installés. La transversalité de la démarche écoresponsable passe par les nouveaux entrants plus innovateurs. Ce sont souvent de jeunes entrepreneurs de la génération Y. Dégoûtés par la société de consommation, ils diffusent des valeurs plus citoyennes dans les veines de leur organisation. C’est ainsi que la démarche écoresponsable se répand dans l’ADN des entreprises.

Dans la tech, on connaît des DNVB (Digital Native Vertical Brand). Dans le tourisme, ce sera la même tendance. Pour l’instant, les start-ups GlobEthik et Ethik Hotels sont entièrement positionnées dans le voyage écoresponsable. 

Besoin de pédagogie sur la responsabilité assumée

Le sondage révèle une grosse lacune dans la conscience du public. Le transfert de responsabilité est encore d’actualité quand on regarde les chiffres. En gros, la réduction des impacts écologiques est le job des professionnels. Ce n’est pas mes oignons, en tant que consommateur. Au pire, je paie la compensation carbone à une partie tierce qui s’occupera de mon bordel. Cette attitude laxiste rejoint notre réflexion sur la neutralité carbone.

La démarche du voyage écoresponsable est l’affaire de tout le monde. Le consommateur doit assumer ses responsabilités en voyage. Pour le faire comprendre, il faut une communication pédagogique. Cela passe par la volonté des professionnels du tourisme, bien entendu. Chez TTB Travel, nous avons développé deux supports pour aider les partenaires :

  • Un guide pratique du voyage écoresponsable au Vietnam. Le but est d’inciter le voyageur à prendre des actions concrètes pendant le périple
  • Des outils d’analyse Green Squad permettant de déjouer les pièges de greenwashing

En outre, les membres de la plateforme Flockeo travaillent activement sur des solutions pédagogiques dans le même sens

Instauration de quota pour mieux réguler le flux

La quête de bien-être se traduit dans le besoin de visiter des lieux tranquillement. Pour cela, il faut éviter la foule dont une gestion rigoureuse est nécessaire. Le sondage confirme que l’immense majorité des interrogés approuve le quota.

Le résultat est cohérent avec ce qui se passe au Vietnam. Désormais, personne ne veut visiter des sites emblématiques dans de mauvaises conditions :

  • Déchets flottants dans la baie d’Halong
  • Néo-colonisation chinoise et bétonisation côtière de Nha Trang
  • Déforestation des forêts primaires à Phu Quoc
  • Folklorisation et esclavage des ethnies minoritaires de Sapa
  • Et surtout, visite entourée de touristes débiles

Désormais, la bonne maîtrise du flux joue beaucoup dans la gestion de l’expérience client. Plus un lieu est confidentiel, plus l’authenticité est assurée. Comme résultat, plus le client sera ravi.

En conclusion

La pandémie Covid a fait germer des comportements plus raisonnés. On constate une évolution en douceur dans le quotidien du public. Il y a un engouement pour des vêtements de seconde main, le savoir-faire local…Ce changement positif a des impacts sur le domaine du voyage. L’étude IFOP confirme les Français sont soucieux de concilier le voyage et la démarche responsable. Il faut mettre en place un cadre favorable au passage à l’acte.

Van Thai

L’AUTEUR Van Thai

Ayant grandi dans une famille de diplomates, j’ai passé mon enfance expatriée à travers plusieurs pays asiatiques. En quête de sens, mes voyages personnels sont toujours remplis de rencontres humaines, d'immersion culturelle et de découvertes authentiques. Avec mon entreprise familiale, je livre un combat acharné contre le tourisme de masse.

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